Inauguration de la maison des grands jeunes à Kinshasa

L’année 2025 fut une grande année pour la mission de Ndako ya Biso à Kinshasa. En effet, après les 20 ans de la mission en mai 2025, la communauté du Chemin Neuf a inauguré un nouveau bâtiment le 29 novembre dernier. 

Les 20 ans de la mission auprès des enfants des rues : 

La mission auprès des enfants de rues repose sur l’accueil au sein de 2 centres jusqu’à 15 ans : 

Le centre des garçons est semi ouvert. Les petits et les malades dorment sur place, les autres repartent dans la rue le soir. Beaucoup n’ont pas envie de dormir au centre car ils aiment bien gagner de l’argent dehors. Ils viennent la journée au centre. L’objectif est de les réinsérer dans leurs familles. 

Le centre des filles est un centre fermé. Les filles dorment sur place. Elles ne sont pas scolarisées. L’objectif est également de retrouver leur famille, de les réunifier avec elle, et de les scolariser depuis leur famille.

La mission pour les grands jeunes 

En 2012 a débuté une mission à destination des grands jeunes (18 à 25 ans). À cette époque, les plus jeunes sont souvent sous la coupe des grands, ce qui rend leur accompagnement plus complexe. L’équipe décide alors de commencer un travail spécifique avec ces aînés, notamment à travers des groupes de prière, afin d’avancer avec eux. 

Cette réflexion aboutit en 2014 à la création d’un centre dédié aux jeunes de 18 à 25 ans, avec un objectif clair : l’autonomisation. 5 outils sont mis à disposition pour l’atteindre :

Un nouveau bâtiment pour les grands jeunes :

Pendant plusieurs années, malgré l’importance de cette mission, les grands jeunes ne disposaient pas d’un espace qui leur soit propre. Ils étaient accueillis dans un petit bâtiment situé sur la parcelle du centre des filles, ce qui n’était pas l’idéal. 

Lorsqu’une parcelle voisine est mise en vente, un temps de discernement s’ouvre : faut-il construire un nouveau bâtiment ? Finalement, la Communauté s’engage sur la construction d’un nouveau bâtiment, puis des financements sont trouvés, principalement grâce à des donateurs privés, d’abord pour l’achat du terrain, puis pour la construction.

Après une année de travaux, entièrement réalisés par les jeunes filles et garçons en formation professionnelle (maçonnerie, soudure, électricité, menuiserie…), le nouveau bâtiment voit le jour. Il est inauguré fin novembre 2025, en présence de quatre ambassadeurs représentant la Belgique, la France, l’Allemagne et l’Ordre de Malte.

Ce nouveau centre s’inscrit dans la continuité d’une activité qui existait déjà auprès des grands jeunes, mais c’est un lieu pour eux, plus grand, au sein d’une parcelle qui leur est réservée, avec leur propre entrée. Les équipes peuvent compter sur une grande salle d’alphabétisation qui est bien équipée. 

Et si le Carême devenait une aventure collective et accessible pour ceux qui franchissent le seuil de l’Église ? La Communauté du Chemin Neuf lance Coach Carême, un parcours digital inédit, conçu avec et pour les commençants et recommençants dans la foi. Une réponse concrète à la soif spirituelle de ceux qui découvrent ou redécouvrent la foi chrétienne. Un outil clé en main pour les acteurs de la pastorale, les paroisses autour du carême. 

« Qu’est-ce que je dois faire pendant le Carême ? » Cette question, récurrente chez les catéchumènes, néophytes et recommençants, a inspiré la création de Coach Carême. Pendant 40 jours, ce parcours propose un accompagnement simple, concret et en Église, fruit d’une co-construction dans plusieurs villes de France (Grenoble, Paris, Lyon, Lille, …) avec des (re)commençants dans la foi.

Chaque semaine, 4 piliers pour avancer ensemble

Des thèmes essentiels expliqués en 5 à 10 mn avec clarté et profondeur dans un langage accessible : Comment vivre le Carême ?, Qui est Jésus ?Pourquoi et comment prier ?, etc.

Des suggestions pratiques au format vidéo pour approfondir sa foi au quotidien (3 séries pour découvrir Jésus , 3 prières incontournables3 livres pour nourrir sa foi).

Des chrétiens témoignent en 15-20 mn avec authenticité de leurs parcours de foi avec leurs doutes, leurs joies et leurs défis.

Tous les lundis : un temps de prière, d’échange et de questions/réponses en visio ou en présentiel dans les lieux d’Église qui le proposeront. Une occasion de vivre le Carême ensemble.

Alors que se tient la Semaine de Prière pour l’Unité des Chrétiens, le 18 janvier 2026, la communauté monastique d’Einsiedeln en Suisse a invité pour la quatrième fois à des vêpres œcuméniques. Près de vingt communautés de différentes traditions confessionnelles se sont rassemblées pour prier ensemble.

Dans leur conférence, la pasteure Sabine Brändlin et le pasteur Ruedi Beck de l’Institut Reuss de Lucerne ont montré comment la prière peut contribuer au renouvellement de l’Église. Ils ont souligné que c’est Dieu qui renouvelle l’Église, lorsqu’on l’écoute dans le silence et qu’on se laisse interpeller par sa révélation.

Plus de cent personnes se sont réunies sous la coupole de Noël de l’église abbatiale pour la prière commune. Dans différents styles – du chant grégorien aux chants de Taizé et au worship – Dieu a été loué. Dans son allocution, l’abbé Urban a souligné la valeur de l’inspiration mutuelle des confessions et a insisté sur le fait que l’unité des chrétiens contribue à la paix dont le monde a aujourd’hui un besoin urgent.

Une petite délégation de 6 personnes de la Communauté du Chemin Neuf était présente. Notre frère Francis Schubiger a participé aux prières universelles pour la paix dans le monde et l’unité entre les Églises. Notre responsable nationale Anny Lang avait été invitée par l’abbé des Bénédictins à se tenir à ses côtés pendant les vêpres et a alors prié la prière pour l’unité des chrétiens du Chemin Neuf.

La rencontre s’est terminée par un petit apéritif et d’agréables échanges.

Le nouveau livre, « Père, qu’ils soit un … », du Groupe des Dombes est paru le 2 janvier 2026. Certains membres ont commenté de manière personnelle ce que signifiait la prière pour l’unité selon l’abbé Couturier. Anne-Cathy Graber, sœur de la communauté, s’est prêtée à l’exercice.

« Seigneur Jésus, Toi qui as prié pour que tous soient un, nous te prions pour l’unité des chrétiens » : prier pour l’unité, c’est entrer dans la prière d’un Autre qui me précède. Autrement dit, même si je ne sais pas, ou plus, prier pour l’unité (par oubli, découragement ou indifférence), un Autre veille,… et prie. Quoi qu’il arrive, avec cette prière de Jean 17, « quelque chose » est donné : Christ ne se résout pas à la division, voire à la dislocation de sa communauté.

Il s’agit donc d’une prière qui n’a rien d’une douce mélodie pour demander une unité confortable. Non… Elle fait entrer en résistance contre tous les découragements, les « à quoi bon ? » face à un Corps du Christ qui, parfois, ne donne plus à voir qu’il est un seul corps, celui du Saint de Dieu.   

« […] l’unité des chrétiens, telle que tu la veux par les moyens que tu veux » : prier pour l’unité des chrétiens fait la place belle à l’imagination de Dieu ! Car l’enjeu est d’accepter d’entrer dans une autre logique, une autre manière de penser et de faire que la mienne. Cette prière me protège de l’auto-centrement puisqu’elle provoque un retournement de mes pensées, de ma logique, de mon sens de la diplomatie ecclésiale… Elle me fait alors entrer dans la liberté créatrice de Dieu !

« Que ton Esprit nous donne d’éprouver la souffrance de la séparation, de voir notre péché… » : longtemps je n’ai pas compris cette demande, n’y discernant parfois que le risque d’un masochisme chrétien. Aujourd’hui j’y vois l’antidote de l’« âme habituée » dont parle si bien Charles Péguy. En effet, avec les années, il est possible que je me sois habituée à une forme de « coexistence pacifique dans la division ». J’ai pu finir par me contenter d’une situation de statu quo… tout à fait poli bien sûr ! Cette demande « de voir notre péché » vient alors me déloger de toute autojustification : nous avons tous péché contre l’unité du Corps du Christ. Je comprends alors qu’il est bien possible que j’aie participé moi-même au « scandale », celui de la division.

« … et d’espérer au-delà de toute espérance… » : demander cette espérance qui va « au-delà » me rappelle que la demande d’être « uns » n’est pas en vue d’être plus forts ou plus « conformes » à un projet ecclésial. L’enjeu est cet « au-delà » de nous, d’un « entre-soi ecclésial » : espérer pour celles et ceux qui ne le peuvent plus ; espérer « au-delà » signifie résister contre les forces de mort et de dislocation qui menacent l’humanité et la création.

« Amen ! »

Divinópolis, dont le nom signifie « Cité du Saint-Esprit », est une « petite ville du Brésil », comptant environ 250 000 habitants, mais imprégnée d’une grande ferveur spirituelle. Ici, la foi marque profondément la vie des gens. C’est également là que se trouve la Maisons d’accueil de la Communauté du Chemin Neuf, un lieu qui, chaque année, accueille des centaines de personnes en quête d’un temps d’intimité avec Dieu : un temps de silence, d’écoute, de guérison et de renouveau intérieur. Nombreux sont ceux qui rentrent chez eux transformés par l’expérience de l’Amour de Dieu vécue ici. Qu’il s’agisse de la Semaine Cana, destinée aux couples et aux familles ; du Summer Camp d’été, qui rassemble les jeunes de 14 à 18 ans et de 18 à 30 ans ; ou des Exercices spirituels de saint Ignace, chaque retraite offre un cadre propice à la croissance spirituelle et fraternelle de chacun.

Actuellement, deux sœurs, une famille avec cinq enfants, et trois jeunes étudiants/professionnels vivent dans la maison, soutenus par les cinq couples de la fraternité de quartier, toujours présents, que ce soit pour les missions, les groupes de prière, les activités fraternelles ou la messe hebdomadaire. C’est une petite partie de la Communauté du Chemin Neuf, mais elle témoigne magnifiquement de la fraternité et de l’unité dans la mission.

Le 7 décembre, nous avons organisé un grand rassemblement pour réunir tous ceux qui nous aident tout au long de l’année dans les missions au Brésil. Nous avons commencé par une belle messe en plein air, suivie d’un déjeuner façon « Fogo de Chão » (feu au sol), un barbecue brésilien traditionnel où la viande est rôtie directement sur les braises. Nous avons conclu par un intense moment de louange et de beaux témoignages sur l’impact de cette maison sur la vie de tant de personnes.

Nous avons également célébré l’achèvement de la première étape de la toiture du nouvel abri, un espace qui accueillera bientôt d’innombrables moments de grâce et d’action du Saint-Esprit. Nul doute qu’il contribuera à faire de cette ville un lieu encore plus « Divino » (divin) !

Nous profitons de ces nouvelles pour vous partager un projet majeur de restructuration complète d’un bâtiment pour accueillir des retraites spirituelles et des sessions CANA, Mission Jeunes. Pour nous soutenir, cliquez ici

Marie Giron, soeur de la communauté du Chemin Neuf, est en mission à Jounieh. Dans cette ville libanaise, la maison communautaire de Chnanir, accueille des jeunes porteurs de handicap. Marie nous explique ce qu’il s’y passe.

L’École EPES — Ensemble pour une Éducation Spécialisée — accueille cette année une trentaine d’élèves porteurs de handicap répartis dans quatre classes. Enfants, adolescents et jeunes adultes présentant des troubles mentaux plus ou moins sévères y trouvent un cadre adapté pour apprendre, progresser et s’épanouir. Ils bénéficient d’activités pédagogiques ajustées à leurs besoins, d’un suivi thérapeutique assuré par des professionnels, et d’un environnement qui les accompagne dans leur développement global.

Au cœur de l’école, une équipe pluridisciplinaire travaille main dans la main avec les familles afin de permettre à chaque élève d’avancer à son rythme et de s’insérer progressivement dans la société. Le quotidien à EPES est fait de joies simples, de rires, d’émerveillements, de courage… et parfois de larmes dans les moments plus difficiles qui témoignent de la réalité de ces parcours singuliers.

Dans un pays marqué par des crises successives et encore en quête de stabilité, rassembler les ressources nécessaires pour répondre aux besoins de l’école, des enfants et de leurs familles demeure un véritable défi. Si EPES continue de vivre, c’est en grande partie grâce à la générosité de ses donateurs et aux parrainages, indispensables pour assurer la continuité de la scolarité des élèves. Le parrainage offre une véritable sécurité à l’enfant et l’aide concrètement à poursuivre son parcours jusqu’au bout.

Depuis presque deux ans, l’école a également développé l’atelier Lueur, un atelier de bougies participatif et professionnalisant. Les élèves y réalisent des bougies qui sont ensuite proposées au public : une activité valorisante, qui leur permet d’acquérir des compétences et de se relier davantage au monde extérieur. Et en cette période précédant Noël, l’atelier tourne à plein régime pour honorer les nombreuses commandes !

Les 25 et 26 octobre derniers, a eu lieu à Divinópolis la première édition de la Retraite Sisters, un week-end préparé avec beaucoup d’amour, spécialement pour les femmes.
Paula, sœur consacrée dans la communauté, nous témoignage de ce qu’il s’y est vécu.

Depuis le début, la vision de cette retraite était d’accueillir des femmes qui n’avaient peut-être jamais eu l’occasion de vivre une expérience spirituelle et de faire une rencontre personnelle avec le Christ, ou qui, après avoir déjà expérimenté la présence de Dieu, s’étaient éloignées au fil du temps. Cent vingt femmes ont été accueilli dans un week-end marqué par la beauté, la délicatesse et la profonde présence de Dieu dans chaque détail, leur faisant ressentir qu’elles sont des filles bien-aimées du Père.

Au cours de la retraite, les participantes ont vécu des moments intenses de conférences, d’ateliers, de partages, de messe et de réconciliation. L’une des grandes grâces reçues fut la possibilité pour chacune d’être écoutée personnellement, soit à travers le sacrement de la confession, soit à travers les sœurs de la Communauté Caminho Novo, qui se sont relayées en binômes d’accueil pour prier et bénir chacune des participantes. Les enseignements étaient inspirés des rencontres de femmes avec le Christ dans l’Évangile : Marie-Madeleine, appelée par son nom au matin de la résurrection ; la femme courbée, qui se laisse guérir dans sa vulnérabilité ; la femme hémorroïsse, symbole de foi et de restauration ; et Marie de Béthanie, qui répand son parfum précieux aux pieds de Jésus — image de l’intimité et de l’offrande totale à laquelle nous sommes toutes appelées.

Entre larmes et sourires, Dieu a conduit chaque instant avec tendresse et puissance. Le témoignage d’une femme qui, ne pouvant enfanter, a vécu la maternité à travers l’adoption de cinq enfants, a profondément touché toutes les participantes, rappelant que Dieu a préparé une couronne pour chacune, en son temps et à sa manière. La retraite s’est achevée par un fort moment de prière à l’Esprit Saint, où le ciel semblait s’ouvrir, et de nombreuses femmes ont été profondément touchées par l’amour et la présence de Dieu.

La Retraite Sisters a dépassé toutes les attentes : ce fut un temps de retrouvailles, de guérison intérieure et d’espérance renouvelée. Dieu a fait infiniment plus que ce que l’on pouvait imaginer. Chaque femme est repartie le cœur renouvelé, remplie de l’Esprit Saint et imprégnée du parfum de l’éternité, appelée à vivre une vie d’intimité et d’amour avec le Christ.

Le pape Léon XIV s’est rendu au Liban du 30 novembre au 2 décembre. Il est venu porter un message de paix et encourager la présence chrétienne dans un pays éprouvé. Entre rencontres politiques, grande célébration eucharistique et prière silencieuse au port dévasté, cette visite a aussi été marquée par plusieurs rencontres œcuméniques.

 Les frères et sœurs de la Communauté au Liban témoignent de ce qu’ils ont vécu : Un moment fort, discret et profondément symbolique, au service de la paix et de l’unité.

Tracy Azar – engagée dans la communauté – 24 ans 

La rencontre des jeunes avec le pape, était bien plus qu’un évènement pour le voir passer dans sa voiture. C’était une bouffée d’oxygène pour nous, jeunes libanais, après des années de souffrances. C’était une lueur d’espérance au bout d’un tunnel sombre, c’était le réveil d’un sentiment d’appartenance au Liban et à l’Eglise. Entre les sourires, l’animation et la louange en attente du pape, une idée accompagnée d’une profonde émotion me traversa : “Nous tous ici présent, 15 000 jeunes appartenant à différentes communautés, travaillons ensemble pour le royaume de Dieu sur cette terre et plus précisément pour le royaume de Dieu dans un Liban et une jeunesse blessée”.

Les journalistes internationaux décrivirent cet évènement comme des mini-JMJ. En effet, ayant déjà été aux JMJ, l’enthousiasme était le même : des foules, des chants, des danses, et puis… le temps s’arrête, tout le monde prend place près des allées, les téléphones se dressent, tout le monde prend un souffle, les cloches retentissent et un pape souriant mais pris par l’émotion passe parmi nous. Il monte sur scène, reste debout, retient ses larmes et dit : “Al Salamou Lakom” (Que la paix soit avec vous), une phrase et un discours qui nous redonnent espoir pour demain et qui nous rechargent pour continuer là où nous sommes, dans notre pays, à être des artisans de paix!”

Maroun EL Howayek – JCN – 24 ans

Ce qui m’a frappé en arrivant à Bkerké, c’était l’ampleur de la foule : des milliers de jeunes rassemblés, non pas pour un concert ou un événement mondain, mais pour une seule raison — rencontrer le pape Léon XIV. Cela ma montrait que, malgré tout ce que traverse notre pays, la foi reste vivante dans le cœur de sa jeunesse.

Durant toute la rencontre, je me suis surpris à ressentir une joie et une paix intérieure immense, sans même avoir besoin de parler à qui que ce soit. Il me suffisait de regarder les visages autour de moi, des visages lumineux et pleins d’espérance.

Mais c’est à l’instant de l’arrivée du pape que quelque chose m’a vraiment marqué. Quand la foule s’est soudain pressée, presque bousculée, simplement pour apercevoir son passage, une pensée m’a traversé : si nous sommes capables de nous jeter ainsi pour voir le pape, que serait-ce si c’était Jésus lui-même qui passait devant nous ?

J’ai aussi été touché par la sensibilité du pape durant cette visite. On voyait dans son regard qu’il ressentait profondément la joie des jeunes, mais aussi le poids de tout ce que nous avons vécu : les crises, les épreuves, les peurs… À certains moments, ses yeux semblaient pleins de larmes — des larmes de compassion autant que de tendresse.

Et finalement, il y a eu ses paroles. Elles m’ont recentré, elles m’ont rappelé ce que signifie être Libanais et chrétien sur cette terre, et il nous a rappelé que nous avons des témoins et des modèles à suivre : nos saints, dont saint Charbel, aujourd’hui connu dans le monde entier et dont la lumière continue d’inspirer des millions de personnes.

Noriko Isomura – sœur consacrée – 58 ans

Avec une voix puissante et pleine d’affection, le Saint Père nous a dit, à nous les 150000 croyants du Liban qui assistions à la messe à Beyrouth ainsi qu’à tous : « Courage ! » « Soyez des artisans de paix, des annonciateurs de paix, des témoins de paix ! » 

Et nous avons crié ensemble « Peace ! » « Peace ! » 

Je n’oublirai jamais cet appel du Saint Père qui m’a touché au plus profond de mon cœur et le sentiment de faire partie du grand corps des croyants. Ce rêve de la paix est gravé profondément en nos cœurs, car c’est le rêve de Dieu lui-même.

Le Saint Père nous a parlé dans son homélie du Royaume de Dieu comme d’un germe qui pousse. Je retiens justement cette invitation à semer les germes du Royaume dans chaque petit geste quotidien, dans la co-habitation et la compassion envers les plus démunis dont certains ont témoigné lors de la rencontre des consacrés et agents pastoraux la veille à Harissa. Ce rêve du « Liban uni » et le rêve de la paix, nous pouvons commencer à le vivre autour de nous. Cette rencontre a été aussi un moment de communion ecclésiale où j’ai ressenti l’appel à la solidarité et au don de soi dans la foi.

La visite du Saint Père a fait renaître l’espérance et a allumé en nos cœurs le feu de l’amour de Dieu, de l’amour pour l’Eglise et pour son berger et pour tous nos frères et sœurs en humanité au-delà des différences religieuses.

Raïssa Sfeir – Jeunes 14-18 – 14 ans 

Ce jour-là, j’ai eu l’impression de vivre un rêve, j’ai senti le ciel à mes côtés.  Comment décrire quelque chose d’indescriptible ? Pape Léon XVI, merci pour votre visite. Pendant ces trois jours, j’ai révisé pour mes examens, mais rien ne m’aurait empêchée de voir le pape. Le 2 décembre restera inoubliable. Nous attendions le pape Léon XVI a Zouk pour le saluer. J’ai pleuré, mais c’étaient des larmes de joie. Le 3 décembre a été un miracle pour moi. Voir un arc-en-ciel complet décorer le ciel ce jour-là, et voir le pape prier devant le port de Beyrouth cinq ans après l’explosion, m’a apaisée

Me croiriez-vous si je vous disais que je l’ai vu ? Avant le début de la messe, il est passé en papamobile. J’étais partagée entre plusieurs émotions. Quel moment incroyable ! La messe a commencé. Le calme régnait. Il a prononcé le premier mot et je me suis demandé si je rêvais. Les fidèles priaient humblement et mon cœur débordait d’émotion. La paix régnait et l’amour avait pris sa place. Ces trois jours, emplis d’espoir et de grâce, m’ont fait me sentir renaître, purifiée intérieurement. 

Shirly Hajj – Jeunes 14-18 – 18 ans

Je m’appelle Shirley Hajj, j’ai 18 ans et je fais partie de la chorale de l’Université NDU. Depuis que j’ai su que nous allions chanter à la messe du Pape, j’étais très excitée. Quand le jour est arrivé, j’ai ressenti une émotion impossible à décrire. J’étais heureuse de chanter pour Dieu et d’accueillir le Pape. Une grande paix m’a envahie. J’étais tellement touchée que mes yeux se mouillaient souvent. Voir les gens et le Pape Léon XIV souriants m’a émue. À ce moment-là, j’ai senti la paix de Dieu.

Le Liban porte une présence chrétienne ancienne et vivante, dont la tradition maronite est l’un des piliers. Dans cet article, Giovanni Choufani, frère engagé dans la communauté du Chemin Neuf,  nous fait découvrir comment cette Église s’est façonnée, entre héritage des premiers siècles, vie spirituelle simple et enracinement profond dans le pays. Une plongée claire et accessible dans une histoire qui continue de façonner le Liban d’aujourd’hui.

On ne peut parler du Liban sans évoquer la présence chrétienne, et tout particulièrement l’Église maronite. Le pays a été l’une des premières terres touchées par l’Évangile, grâce à sa proximité avec la Terre sainte. Jésus lui-même a traversé les cités du sud, notamment Sidon et Tyr. Dès les premières décennies suivant la Résurrection, des communautés chrétiennes se forment autour des ports phéniciens, influencées par les passages réguliers des apôtres Pierre et Paul. Saint Paul séjourne à plusieurs reprises sur cette côte, qui devient l’un des berceaux du christianisme oriental.

Au fil du temps, ces communautés s’organisent en une mosaïque d’Églises toujours présentes aujourd’hui : maronite, grecque melkite catholique, grecque orthodoxe, syriaque, arménienne, chaldéenne, latine, et diverses Églises protestantes. Parmi elles, l’Église maronite est la plus importante en terme de population, représentant environ 53 % des chrétiens, suivie par l’orthodoxe grecque (25 %) et la melkite catholique (7 %). Dans l’ensemble, les chrétiens constituent aujourd’hui près de 34 % de la population libanaise, alors qu’ils formaient autrefois une majorité bien plus large. Pour comprendre cette évolution, il faut revenir à l’histoire du Mont-Liban et à la trajectoire particulière des maronites.

La communauté maronite naît au IVᵉ siècle autour de saint Maroun, ermite syrien dont la vie ascétique attire des disciples sur les rives de l’Oronte. Le monastère de Bet Maroun devient le centre d’une Église attachée au concile de Chalcédoine, ce qui entraîne des tensions avec les autorités monophysites. Les maronites subissent des persécutions, notamment lors des massacres de 517 et après l’élection de saint Jean Maroun comme premier patriarche autonome à la fin du VIIᵉ siècle. L’insécurité liée aux invasions perses puis arabo-musulmanes pousse la communauté à quitter les plaines syriennes pour se réfugier dans les vallées escarpées du Mont-Liban, où elle s’enracine durablement.

Au Moyen Âge, les maronites deviennent des acteurs régionaux. Leur fidélité constante à Rome favorise une alliance naturelle avec les Croisés. Sous le patriarche Jérémie d’Amchit, ils collaborent avec les États latins, renforcent leurs liens avec l’Occident et accueillent des ordres religieux européens dans leurs monastères. Après la chute des royaumes croisés, ils connaissent la répression mamlouke, puis, à partir de 1516, une autonomie relative sous les Ottomans. Grâce aux muqaddams et aux grandes familles locales, le Mont-Liban conserve une organisation semi-indépendante pendant plus de trois siècles.

Après les événements sanglants de 1860, le Mont-Liban devient le Mutasarrifat, une entité autonome au sein de l’Empire ottoman. Ce territoire d’environ 3 200 km² est peuplé à près de 80 % de chrétiens, principalement maronites, mais reste économiquement fragile et sans accès direct à la mer. À la fin de la Première Guerre mondiale, le patriarche maronite Élias Boutros el-Houwayek défend à la Conférence de Paris un projet de Liban élargi, intégrant montagnes, plaines, ports et zones agricoles. Ses arguments convainquent les puissances mandataires : le 1ᵉʳ septembre 1920, le général Gouraud proclame la naissance du Grand Liban. Houwayek insiste sur la coexistence entre différentes communautés religieuses et sociales et pose les bases d’un Liban pluraliste, pont entre Orient et Occident. Avec le Grand Liban, les chrétiens, majoritaires à près de 80 % durant le Mutasarrifat, deviennent 51,3 % selon le recensement de 1932. C’est dans ce contexte que naît la formule, plus tard reprise par Jean-Paul II, décrivant le Liban comme « plus qu’un pays : un message ».

La spiritualité maronite puise sa force dans la simplicité évangélique et l’héritage des premiers moines d’Antioche. Elle invite à une foi incarnée, une prière vécue plus que formulée, nourrie par le silence, les chants et la méditation de la Parole. La liturgie, dans une atmosphère recueillie, conserve les échos de l’araméen de Jésus. Elle garde aujourd’hui le goût du silence, de la prière intérieure et de la vie communautaire centrée sur l’Eucharistie. Héritière du rite antiochien, elle se distingue par sa poésie biblique, son langage symbolique et l’usage du syriaque, conférant aux célébrations une profondeur contemplative unique.

Cette tradition orientale se traduit par des gestes concrets. Par exemple, durant la messe, le rite de la paix ne consiste pas à se serrer la main: le prêtre pose ses mains jointes sur celles du diacre, symbole de la paix qui vient du Christ seul, et ce geste se transmet ensuite de proche en proche vers l’assemblée. De même, l’encens joue un rôle central: il enveloppe l’église comme un rappel que la prière s’élève vers Dieu avec toute la communauté.

La spiritualité maronite conserve aussi une proximité particulière avec la vie monastique. Même dans les paroisses, la liturgie garde un rythme presque « monacal » : beaucoup de fidèles se lèvent pour les messes de l’aube, et les fêtes de saints comme saint Charbel sont vécues dans un esprit de pèlerinage et de silence intérieur. L’Église permet également, selon la tradition orientale, l’ordination d’hommes mariés pour le sacerdoce paroissial — un signe que le ministère peut s’enraciner dans une vie de famille, sans nuire à la vocation sacerdotale.

En communion totale avec Rome, la tradition maronite partage avec l’Église latine la même foi et les mêmes sacrements, mais elle les exprime avec une sensibilité différente: un rapport plus symbolique au mystère, un attachement à la mémoire des martyrs, et une grande dévotion à Marie sous le titre de « Notre-Dame du Liban ». Cette union de simplicité, d’ascèse et de chaleur communautaire fait de la spiritualité maronite un pont naturel entre l’Orient et l’Occident, une prière enracinée dans la montagne mais ouverte à l’Église universelle.

Finalement, la foi maronite reste profondément liée à un ensemble de traditions populaires qui lui donnent une couleur unique. Parmi elles, la fête de la Sainte-Barbe, célébrée le 4 décembre, occupe une place particulière. On la compare souvent à un Halloween chrétien: selon la tradition, sainte Barbe se serait déguisée pour échapper à la persécution de son père païen. Ce jour-là, on prépare aussi des desserts typiquement libanais comme les awwamaat, atayeff ou maacroun, qui font partie intégrante de la fête. Autre exemple marquant: la fête de l’Épiphanie. Les maronites croient symboliquement que Jésus visite chaque foyer cette nuit-là, ce qui explique pourquoi les familles laissent les lampes de leurs fenêtres allumées, signe d’accueil et de bénédiction. De nombreuses autres fêtes chrétiennes sont elles aussi entourées de coutumes fortes — la fête de la Croix, l’Ascension, ou encore les grandes solennités mariales — autant de traditions qui rythment l’année et expriment la foi maronite dans sa dimension la plus vivante et communautaire.