Par Sr Anne-Cathy Graber, avec Sr Pascale Avice

Anne-Cathy Graber et Pascale Avice, soeurs de la Communauté du Chemin Neuf ont été invitées à participer le 25 mars à l’installation de Sarah Mullally comme 106e Archevêque de Canterbery. Pascale Avice a été en mission pendant de nombreuses années à Lambeth Palace avec la Communauté du Chemin Neuf. Anne-Cathy Graber, pasteure mennonite, a été invitée en tant que responsable des relations oecuméniques pour la Conférence Mennonite Mondiale. 
Anne-Cathy nous partage ses impressions sur une femme qui s’inscrit dans un chemin déjà engagé dans l’écoute et la rencontre. De son arrivée en pèlerine jusqu’à un temps fraternel et simple avec quelques responsables d’Églises, quelque chose du visage d’une Église en chemin et en dialogue s’est donné à voir.

Et si l’on parlait de la célébration d’installation de la nouvelle archevêque de Canterbury, Primate de la Communion anglicane, en commençant par dire ce qui a précédé et suivi cet événement ?  En effet, deux moments encadrent ce moment historique et témoignent des choix personnels de l’archevêque Sarah Mullally. Deux moments, l’un relaté par les médias, l’autre vécu en toute discrétion.

Partie de Londres, où elle était évêque, Sarah Mullally est arrivée à Canterbury en pèlerin, avec son mari, après 10 jours de marche au cours desquels elle a rencontré les Eglises locales, les associations,…,  et toutes celles et ceux qui souhaitaient se joindre à sa marche pendant quelques kilomètres. Belle parabole d’une autorité synodale, qui « marche avec », et qui écoute ! Tel est l’événement qui a précédé la célébration d’installation elle-même.

C’est ce même témoignage d’une autorité qui écoute et se fait proche que quelques-uns d’entre nous ont vécu le lendemain de la magnifique célébration. En effet, de façon plutôt imprévue, étaient invités pour un temps de rencontre, les responsables d’Eglises présents à la célébration. Après avoir reçu les délégations catholiques, puis orthodoxes, les responsables des familles protestantes, en raison du caractère tardif de l’invitation, se sont retrouvés au nombres de… six (!)… De plus, il ne s’agissait pas des représentants des grandes traditions protestantes (luthérienne, réformées, méthodistes, …) mais des responsables de l’Armée du Salut, des Quakers, des Mennonites, et du Forum Chrétien Mondial. L’archevêque Sarah Mullally a ouvert ce moment en disant combien il était important pour elle que les autres Eglises aient été présentes à cette célébration et que l’appel œcuménique était fondamental pour son ministère. Elle a invité chacun d’entre nous à partager ce que nous pensions et avions retenu de la célébration de la veille. Puis, l’une d’entre nous a proposé que l’on prie ensemble, de façon spontanée. Ce qui s’est fait très simplement. Pour conclure, le responsable quaker a invité, selon sa propre tradition, à un temps de prière en silence. Simplicité, fraternité, et un peu d’émotion… Les quelques évêques anglicans présents au fond de la salle ont confirmé que ce n’était pas si habituel, mais combien à l’image de cette femme.

Quant à la célébration, le mieux serait de la visionner car c’est une belle manière de se rendre proche de la liturgie anglicane 

Je retiens l’ouverture, lorsque l’archevêque, encore à l’extérieur de la cathédrale de Canterbury, a frappé trois fois à la porte. S’est alors instauré un dialogue entre elle et des enfants : « Qui es-tu et pourquoi demandes-tu d’entrer ? » « Je suis Sarah, une servante de Jésus-Christ, et je viens comme quelqu’un qui cherche la grâce de Dieu, pour marcher avec vous ». Ou encore : « Comment viens-tu au milieu de nous et avec quelle assurance ? » « Je viens ne connaissant rien d’autre que Jésus-Christ, Jésus Christ crucifié, et dans la faiblesse, la peur et avec beaucoup de tremblements. ».

L’engagement œcuménique n’était pas rendu visible seulement par la présence des responsables de presque toutes les Eglises, sans oublier les représentants des autres religions. Il a été demandé si, en tant qu’archevêque de Canterbury, Sarah Mullally acceptait de s’engager à prier et travailler pour l’unité visible de l’Eglise du Christ, et à signer solennellement cette alliance avec « Churches together », un mouvement œcuménique très important au Royaume Uni, entre autres.

25 mars : il s’agissait du jour de l’Annonciation. Une telle célébration a rendu « visible » la parole de Marie, ce que n’a pas manqué de souligner Sarah Mullally dans son sermon où elle s’est souvenue d’elle-même à seize ans, alors infirmière : « car rien n’est impossible à Dieu ».

En Côte d’Ivoire, de nombreuses jeunes filles travailleuses vivent dans une grande précarité. Faibles revenus, logements insalubres ou inexistants, exposition aux violences et à l’exploitation… Leur quotidien est souvent marqué par l’insécurité et l’incertitude. C’est dans ce contexte que la Communauté du Chemin Neuf en Côte d’Ivoire lance un projet ambitieux et porteur d’espérance : la création d’un foyer d’accueil pour 200 jeunes filles travailleuses à Bimbresso.

Bimbresso est un quartier situé dans la commune de Yopougon, au nord-ouest d’Abidjan.

À la fois espace urbain en expansion et quartier à forte identité traditionnelle, Bimbresso se distingue par son dynamisme démographique et sa proximité avec les grandes zones d’activité de Yopougon.
Le quartier connaît aujourd’hui une croissance rapide, avec l’installation de nombreuses familles et de jeunes travailleurs, tout en conservant un cadre relativement calme comparé au centre de la commune.
Cette position stratégique, entre urbanisation et cadre de vie accessible, en fait un lieu pertinent pour des projets sociaux, notamment en matière d’hébergement et d’accompagnement des populations vulnérables.

Un projet de foyer porté par la Communauté du Chemin Neuf pour se reconstruire et grandir

La Communauté du Chemin Neuf en Côte d’Ivoire lance un projet ambitieux et porteur d’espérance : la création d’un foyer d’accueil pour 200 jeunes filles travailleuses à Bimbresso.

Ce foyer ne sera pas seulement un hébergement. Ce sera un véritable espace de vie, de formation et de transformation.

Les jeunes filles y trouveront :

Notre ambition : Offrir à 200 jeunes filles :

À la demande de l’évêque d’Alger, en accord avec l’Ordre des moines Cisterciens, la communauté du Chemin Neuf vit, prie et travaille au monastère de Tibhirine depuis le 15 août 2016. Le père Eugène, responsable de la communauté sur place, nous partage leur mission du quotidien et la richesse des rencontres avec les visiteurs et leurs voisins du village. 

Le frère Eugène avait demandé, en arrivant en Algérie, à l’ancien évêque d’Alger, Monseigneur Teissier, ce qu’il attendait de la communauté du Chemin Neuf au monastère. « Transmettre le message des moines », lui avait-il répondu.

À Tibhirine, les frères et sœurs poursuivent ensemble une vie de prière quotidienne, l’accueil des nombreux visiteurs, le travail du verger et du potager, ainsi que l’entretien des bâtiments.
À ce jour, deux frères et trois sœurs vivent au monastère.

« Transmettre le message des moines »

Monseigneur Teissier

Aujourd’hui, l’accueil des visiteurs rythme leur vie. Il y a des visiteurs étrangers, et des visiteurs Algériens. La grande majorité sont algériens musulmans. « Ce qui me frappe en discutant avec eux sur leur venue, c’est qu’ils étaient très touchés quand ils ont appris la mort des moines, assassinés en 1996 en Algérie », partage Eugène Lehembre.

Parfois, quand au cours de la visite, ils entendent raconter l’histoire des moines        « certains ont les larmes aux yeux » explique Eugène avec émotion. « Une fois, un visiteur m’a partagé qu’il était adolescent quand il avait appris leur mort et il voulait venir voir ce lieu.

Il n’est venu que 30 ans après. Il nous a demandé pardon pour ce qu’on avait fait aux moines. Pourtant lui n’était pas du tout responsable mais solidaire avec les Algériens, il nous a demandé pardon pour leur assassinat. Voilà la dimension qu’on peut vivre entre chrétiens et musulmans, entre Algériens et Français à Tibhirine », poursuit-il.

La fraternité au cœur de la rencontre

La relation avec les voisins du monastère est différente de celle tissée avec les moines cisterciens. L’époque a changé. Le monastère est très pris par les visites mais une proximité perdure avec quelques familles des environs. « Quand on est avec eux, on se sent en paix et en communion » explique le responsable du monastère.
Par exemple, Mohamed est un musulman pratiquant, profondément croyant, ainsi que sa femme et ses enfants.

Pour le père Eugène, « la foi ne nous éloigne pas, elle nous rapproche plutôt. On est content de se retrouver entre croyants. Il y a cette amitié qui est donnée. »
Ces deux hommes ne passent pas leur temps à discuter de leurs différences, mais plutôt à vivre dans l’amitié et la joie de chaque jour.

« Il nous a demandé pardon pour ce qu’on avait fait aux moines. »

un visiteur algérien

Une sœur du monastère disait que quand elle rencontre un algérien, elle ne voit pas d’abord le musulman mais l’homme, l’Algérien. Mettre instantanément une étiquette sur la personne éloignée de la fraternité.
Selon eux, mettre instantanément une étiquette sur la personne éloigne de la fraternité.
« Nous n’avons pas qu’une relation entre chrétiens et musulmans, mais entre frères et sœurs. Déjà là, il y a un beau terrain d’amitié qui peut se vivre » explique Eugène Lehembre. Il ajoute que « c’est essentiel pour démarrer la relation. Les Algériens sont en attente de relations amicales et fraternelles. »

Depuis dix années, la communauté du Chemin Neuf s’exerce à « voir en tout Homme qui vient, le frère ». Telle est la mission qui lui est confiée sur cette terre musulmane.

Les frères et sœurs de Hongrie ont organisé un week-end sur l’œcuménisme pour se former ensemble. L’occasion de se retrouver, de vivre la fraternité et d’avancer sur le chemin de l’unité.

Par Blandine Fejérdy, membre de la Communauté

Interpellés notamment par le témoignage de nombreux couples mixtes ayant vécu la session Cana, qui nous partageaient leur joie d’avoir enfin trouvé une terre pour vivre leur appel si particulier, nous avons senti qu’il était important de nous former davantage à la question de l’œcuménisme.

Nous avons donc été entre 50 et 60 à nous réunir, pour l’essentiel membres de la Communauté et de la Communion, les 28 février et 1ᵉʳ mars pour nous former ensemble et continuer d’avancer sur ce chemin d’unité. 

Rencontre de formation sur l’œcuménisme à Budapest

Notre frère Miguel Desjardin, délégué national pour l’unité des chrétiens de la Conférence des évêques de France, est venu nous rejoindre. Il nous a parlé à la fois des grandes divisions entre les églises chrétiennes et de leurs causes, mais aussi et surtout de leur engagement dans la voie de l’œcuménisme. 

Samedi après-midi, nous avons eu la joie d’accueillir le père bénédictin Titusz Hardi et le pasteur luthérien Károly Hafenscher, qui ont rejoint Miguel pour participer à une table ronde.

Ils nous partagèrent, dans un esprit très fraternel, leur engagement personnel pour l’œcuménisme, leurs joies, leurs souffrances et leurs espoirs sur ce chemin. Cela a été l’occasion pour beaucoup de découvrir avec joie que l’œcuménisme n’était pas réservé à la Communauté du Chemin Neuf ! 

Table ronde avec divers représentants d’Églises

Nous avons terminé notre journée du samedi par un office pour l’unité, clôturé par une double bénédiction de la part de nos deux invités. 

Autre moment important du week-end, Miguel nous a aidés à réfléchir ensemble, à la lumière des « points de repère œcuméniques », aux réflexes que nous pouvions mettre en place dans l’organisation de sessions ou de week-ends pour accueillir au mieux nos frères d’autres églises. 

Nous rendons grâce pour ce week-end, moment de formation et de communion entre nous, mais aussi vrai temps d’église pour la Hongrie !

Le père Eugène Lehembre, membre de la Communauté du Chemin Neuf habitant au monastère de Tibhirine, nous raconte l’histoire de la croix des moines martyrs.

La croix icône qui est dans la chapelle de Tibhirine avait été écrite par une ermite d’Ardèche, Sr Françoise, avec des indications données par Christian de Chergé.

Après la mort des moines, la croix a été transférée à l’abbaye d’Aiguebelle où elle est actuellement.

En 2016, elle a été remplacée à Tibhirine par une croix de la même taille avec un collage d’une photocopie papier de l’originale.

En 2025 nous est venue l’idée à Tibhirine de la remplacer par une véritable croix icône en demandant à une sœur de la Communauté du Chemin Neuf, Corinne Pesquet, qui écrit des icônes, de faire une copie proche de l’originale.

Corinne a accepté et est allée passer un weekend à l’abbaye d’Aiguebelle pour voir l’icône et la prendre en photo. Ensuite elle l’a réalisé dans son atelier de la maison de Montagnieu en Isère.

Cette croix fait environ 130 cm sur 90 cm.

Le financement a été pris en charge par un frère qui avait déjà assuré celui de la rénovation de la statue de Marie, située sur la colline au-dessus du monastère.

Ensuite, on a organisé le transport jusqu’à Tibhirine. C’est Ania, une sœur de la Communauté qui s’en est chargée, elle-même revenant de Lyon vers Alger.

La croix était dans une caisse et elle l’a prise avec elle en bagage accompagné, hors gabarit. Le voyage a été un peu épique et Ania a eu quelques sueurs, mais tout s’est bien passé. Les douaniers à l’aéroport d’Alger ont été bienveillants, encouragés par une lettre de recommandation de notre cardinal évêque Jean-Paul Vesco.

La croix est maintenant à Tibhirine. Elle attend d’être bénite par notre évêque. Elle sera sans doute installée en mai, à l’occasion du pèlerinage diocésain, où on fêtera le trentième anniversaire du départ des moines.

Sur la croix, Jésus est représenté vivant, glorieux : au-dessus de lui l’inscription en arabe ; « Il est vraiment ressuscité ». Comme une parole que nous laissent les moines : ne vous arrêtez pas à la souffrance, regardez plus haut.

Du 9 au 13 mars, 24 frères et sœurs consacrés se sont retrouvés à Kismaros, en Hongrie, pour la rencontre des célibataires d’Europe centrale. Entre découverte de Budapest, plongée dans l’histoire du pays et visites de lieux marquants — comme les Archives nationales luthériennes, la Grande Synagogue ou encore le Musée national —, cette rencontre a aussi été rythmée par de beaux temps fraternels, des temps communautaires et le partage de repas traditionnels hongrois.

Reportage photos

Le groupe Méditerranée s’est retrouvé à Rome pour prier, travailler et avancer ensemble. De cette rencontre est né un parcours de Carême inspiré des moines de Tibhirine, comme une invitation à la paix, au dialogue et à une disponibilité renouvelée à l’Esprit — au moment où Carême et Ramadan se répondent et interpellent nos manières de croire, de vivre et de regarder l’autre.

Par Maher El Hage, prêtre, responsable de la Communauté du Chemin Neuf au Liban

Rencontres et disponibilité. Ce sont les deux mots qui résument notre rencontre du groupe Méditerranée. Pour la deuxième année consécutive, nous nous sommes retrouvés pour prier, réfléchir et avancer ensemble sur ce chemin qui a débuté il y a à peu près 4 ans. Cette rencontre (la deuxième en présentiel après le Caire) s’est déroulée du 15 au 18 février à Rome dans la maison de la communauté, rue Poliziano.

L’équipe Méditerranée durant une rencontre avec le dicastère pour le dialogue interreligieux

Le but principal de cette rencontre était de créer un parcours pendant le carême qui nous rapproche de la spiritualité des 7 moines de Tibhirine. Pourquoi cette idée et cette initiative ? L’année 2026 marque le 30ᵉ anniversaire de leur décès, ainsi que 10 ans de la présence de la communauté du Chemin Neuf dans ce beau lieu. Est-ce un hasard que la communauté soit appelée à vivre, à prier et à travailler dans ce lieu-là ? Sûrement le Seigneur, par notre présence au monastère de Notre-Dame de l’Atlas à Tibhirine, veut adresser un message à notre communauté. Encouragés par le conseil, nous nous sommes lancés dans la préparation de ce parcours, pour travailler sur le message des moines de Tibhirine et le transmettre davantage.

« Parfois nous envisageons et nous préparons les choses mais le Seigneur passe d’une autre manière, par d’autres chemins pour nous conduire vers le but. »

Maher El Hage

Mais le Seigneur ne fait pas les choses à moitié. Cette année aussi (dans de nombreux pays), Ramadan a débuté le même jour que le mercredi des Cendres dans l’Église catholique romaine. Les moines ont vécu toute leur vie dans le monastère en lien avec les voisins musulmans qui sont différents dans leur manière de penser, de vivre, de réfléchir… Il y avait une amitié profonde basée sur le respect mutuel. Cette relation entre les voisins et les moines peut-elle nous interpeller aujourd’hui ? Les textes des moines de Tibhirine, et des autres bienheureux martyrs d’Algérie sont très riches, et nous ont nourris fortement.

Nous avons choisi de partager à travers quatre chaines WhatsApp (français, anglais, arabe et italien) un texte et une intercession chaque jour, parfois un lien pour aller plus loin. Quelques fois, nous avons inséré une vidéo historique, un témoignage, ou encore des images ou des œuvres d’art qui nous parlent, en lien avec les moines et Tibhirine. 

Notre temps de travail à Rome était habité par des rencontres. En premier lieu les rencontres entre nous, les membres du groupe, habitant dans 5 pays différents (France, Liban, Terre Sainte, Algérie et Côte d’Ivoire) : chacun une réalité différente, une culture différente et une mission différente.

Mais aussi la rencontre avec cette belle ville de Rome : culture, tradition, nos frères et sœurs en mission sur place, et l’Église avec une rencontre au dicastère du dialogue interreligieux…

La troisième rencontre, c’est celle avec ces moines, avec leurs écrits, avec leurs messages transmis, avec leurs vies données. « Il n‎’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15, 13).  

Nous avons été invités ces quelques jours à avoir une grande disponibilité à l’Esprit Saint. Parfois nous envisageons et nous préparons les choses mais le Seigneur passe d’une autre manière, par d’autres chemins pour nous conduire vers le but. L’Esprit Saint avait prévu une rencontre différemment de la façon dont on l’envisageait : celle avec le sous-secrétaire du dicastère du dialogue inter-religieux. La rencontre avec lui et ses collègues était très fraternelle, simplement pour se connaitre. Ils étaient surpris de la richesse de nos parcours à chacun, du fait qu’il y ait beaucoup de femmes parmi nous (ils ont moins l’habitude d’en voir dans le dialogue interreligieux), très intéressés aussi par la présence de notre communauté à Tibhirine. Une heure et demie de partage, de discussion et d’encouragement dans ce que nous faisons en général, mais aussi une invitation à diffuser largement ce message des moines de Tibhirine.

Nous avons clôturé ce temps de travail par une messe à Saint-Pierre. Nous avons confié notre communauté, nos pays, notre groupe et ce parcours en demandant surtout la disponibilité à l’Esprit Saint pour faire sa volonté. 

Messe à Saint-Pierre de Rome
De droite à gauche (Thomas, Marie-Laure, Marie-Farouza, Gisèle, Maher et Clémence)

C’est le début du chemin : les moines et tous les martyrs d’Algérie peuvent nous enseigner la fraternité, la prière, la rencontre avec l’autre, le désarmement… Ouvrons nos oreilles, nos yeux, notre cœur pour laisser l’Esprit Saint travailler en nous et à travers nous. 

Les retours du parcours Carême / Ramadan 2026

« Ce parcours Carême/Ramadan m’a profondément accompagnée durant cette période de guerre au Liban. Il m’a aidée à poser un regard plus miséricordieux sur les musulmans en laissant peu à peu tomber la colère que je portais en moi. À travers le témoignage des moines de Tibhirine, leur simplicité, leurs prières et leur amour concret du prochain, j’ai appris à regarder au-delà de la peur et des jugements du moment. Ce chemin m’invite aujourd’hui à voir en l’autre, différent de moi, un frère créé à l’image de Dieu, et à choisir la paix, l’espérance et la rencontre. Une invitation à bâtir des ponts, même au cœur de la guerre. » Manal

« Quand je rencontre un musulman, le premier réflexe est de lui parler du christianisme et de ne pas entrer dans sa religion musulmane. Cela est dû peut-être à la peur et à l’orgueil qui habitent mon cœur. Mais à travers ce parcours j’ai appris que Dieu est Un et nous unit malgré nos différences. Ce qui m’a touché le plus, ce sont les témoignages des uns et des autres : chrétiens et musulmans. Les prières d’intercession me touchaient au plus profond de mon cœur, me libéraient de mes stress surtout pendant la guerre. Je prie maintenant pour la paix des cœurs. » Bernadette

« Grâce à ce parcours, j’ai découvert un véritable trésor au sein de notre Église ! Je ne savais pratiquement rien des Frères de Tibhirine, mais après avoir vu le film Des Hommes Et Des Dieux (qui était recommandé au début du parcours), j’ai immédiatement ressenti une grande proximité avec eux et j’ai été frappée par leur foi et leur amour ! J’apprécie beaucoup tous les passages et les lettres écrits par les Frères. Ils sont une leçon d’humilité, d’hospitalité et surtout de fidélité à leur vocation. » Dona

La récente reprise de la guerre au Proche-Orient ravivent la peur et les traumatismes.

La Communauté du Chemin Neuf, implantée au Liban et en Israël, n’est pas épargnée. Un frère en Israël et une sœur au Liban nous partagent des nouvelles, leurs inquiétudes et leurs lieux d’espérance. Pour retrouver les nouvelles du Liban cliquez ici.

Ci-contre : capture d’écran d’une frat’ fortifiante entre des frères et sœurs des deux pays Terre-Sainte/Liban

Mars 2026 – Par le père Damien Artiges, Responsable de la communauté du Chemin Neuf en Israël

Chers frères et sœurs,

Merci pour vos prières et messages de soutien ! Voici rapidement quelques nouvelles de notre situation en Terre Sainte. Dans la maison de l’Ecce Homo à Jérusalem, tout le monde va bien : quatre hôtes encore présents pour études ou travail, les sœurs de Notre-Dame de Sion, et nous-mêmes.

Les alertes sont encore fréquentes, au moins une ou deux par jour, et souvent la nuit. Chaque fois, nous descendons à l’abri au sous-sol, qui est le lieu archéologique du « Lithostrotos », c’est-à-dire le dallage, selon la tradition le lieu où Pilate a présenté Jésus à la foule (Jean 19,13).

Chaque fois on entend les détonations de missiles interceptés, et ces derniers jours, des débris plus ou moins gros de ces missiles sont tombés sur la vieille ville. Jusqu’à présent, les rassemblements de plus de 50 personnes sont interdits, et les grands lieux de prière sont donc fermés : église du Saint-Sépulcre, esplanade des mosquées, mur occidental.

Quand le conflit a éclaté fin février, il y avait une quinzaine d’hôtes dans la maison, et nous avons formé un bon groupe, international et très œcuménique : un petit groupe évangélique des USA, une femme évêque luthérienne de Norvège avec son mari, quelques allemands dont un pasteur, une femme grecque-orthodoxe de Chypre.

Avec eux et les sœurs de ND de Sion, nous avons vécu ensemble un temps de louange évangélique, la messe du dimanche au sous-sol, la bénédiction commune avec les autres ministres, une sainte Cène luthérienne.

Un vrai moment de grâce et de diversité réconciliée au cœur de l’épreuve, en ce lieu marqué par la Passion du Christ.
Dans les jours suivants, tous ces pèlerins ont heureusement pu trouver un moyen de rentrer chez eux.

Du côté de Tantur, Marie Farouza et la petite équipe de l’institut œcuménique accompagnaient un programme de formation avec quatre participants, le premier depuis le début de la guerre (octobre 2023). Tous ont choisi de rester jusqu’à la fin prévue du programme le week-end des 14-15 mars.

Ils ont donc vécu quinze jours de prière, de partage, mais aussi de rencontres. Si, pour obéir aux régulations, ils ne sont pas sortis du Campus, les intervenants sont venus sur place : ainsi, le gardien des clés du Saint Sépulcre, d’une famille en charge de cette fonction depuis 28 générations.

Juste avant l’attaque israélo-américaine, le groupe était en Galilée. Sur le lac de Tibériade, un double arc-en-ciel s’est levé l’avant-veille du début de la guerre, et ce fut comme un appel à veiller et à croire dans l’incertitude qui est devant nous. À veiller avec les habitants de ce pays et des pays voisins, à croire que le mal n’aura pas le dernier mot, qu’une paix juste peut advenir.

Les frères et soeurs de la communauté du Chemin Neuf à Jérusalem

Pour la Semaine Sainte et le temps de Pâques, nous attendions beaucoup de pèlerins à l’Ecce Homo, ce qui était très encourageant pour la vie de la maison, les communautés et le personnel. À mesure que le temps passe, les séjours sont annulés et il faut se résigner à une maison presque vide. Aux tensions de la guerre s’ajoute donc l’inquiétude face à l’avenir sur le plan économique, en particulier pour garder le personnel et continuer à leur donner les moyens de faire vivre leurs familles. Quelques religieux locaux nous rejoindront autour du triduum pascal et, comme chaque année, nous préparons et espérons vivre malgré tout les célébrations pascales avec les Pères Blancs et les Assomptionnistes.

Nous pensons à ceux qui sont plus menacés et qui souffrent de la guerre plus que nous, en particulier en Iran et au Liban ; nous continuons à compter sur la Providence, sur vos prières, pour la paix ici et dans tout le Moyen-Orient.

Bien en communion,

Damien

La récente reprise de la guerre au Proche-Orient ravivent la peur et les traumatismes.

La Communauté du Chemin Neuf, implantée au Liban et en Israël, n’est pas épargnée. Un frère en Israël et une sœur au Liban nous partagent des nouvelles, leurs inquiétudes et leurs lieux d’espérance. Pour retrouver les nouvelles d’Israël cliquez ici.

Ci-contre : capture d’écran d’une frat’ fortifiante entre des frères et sœurs des deux pays Terre-Sainte/Liban

Par Nathalie Moussa, membre de la Communauté au Liban

Deux semaines se sont écoulées depuis le début de la crise et la situation demeure tendue. De nombreux déplacés se sont installés un peu partout, certains dans des écoles publiques, d’autres sous des tentes assez précaires au milieu des places publiques, malmenés par les intempéries. Face aux menaces de l’armée israélienne et au Hezbollah, qui ne compte pas baisser les bras, la situation demeure inquiétante. D’ailleurs, les attaques n’ont pas pour autant cessé. Certains éprouvent une sourde colère monter en eux… Colère face à l’entêtement… Colère, frustration et fatigue face à cette souffrance et à cette situation sisyphéenne qui handicape le pays. Les avis sont partagés entre la compassion, la pitié devant la misère des déplacés, la colère de ceux qui ne peuvent plus accepter la tyrannie d’un parti politique, ou encore l’indifférence de ceux qui ne veulent pas s’enliser émotionnellement dans ce conflit et préfèrent poursuivre leur rythme de vie, dans la mesure du possible.

À cela s’ajoutent les bruits terribles et constants des avions militaires et des bombardements. Malgré cela, les frères ont décidé de tenir bon, de rester chez eux, de ne pas abandonner leurs terres. Mais la situation n’en demeure pas moins éprouvante et dangereuse. Leur véritable arme de combat est la prière. Ils se réunissent souvent pour prier ensemble et suivre le chemin de Pâques.

Le témoignage de Rita, responsable des 14-18 :

« Vivre au Liban est une fierté pour moi. Je suis à l’abri des bombardements directs, mais la situation actuelle me fatigue et me met en colère. Parfois, j’en ai simplement marre et mon seul rêve est la paix. En tant que responsable de la mission 14.18, j’ai été triste de devoir annuler notre week-end à la dernière minute. Malgré la fatigue, ma foi reste ma force. Je suis certaine que le Seigneur veille sur nous. Mon espérance et ma paix intérieure n’ont pas de prix, et ce qui me fait tenir, c’est de rester fidèle à ma mission et à mon appel. »

Le témoignage de Jihad et Claudine

« Nous sommes Jihad et Claudine engagés dans la communauté, nous vivons à proximité de la banlieue sud de Beyrouth actuellement bombardée. Dès les premiers jours de guerre, nous avons quitté notre maison et nous sommes actuellement accueillis par des frères de la communauté dans une région plus sécurisée.
Ce n’est pas facile de quitter son chez-soi ! … Bien que nous soyons favorisés par rapport à bien d’autres concitoyens qui n’ont rien pu emporter avec eux. Mais cette maison, c’est notre foyer, nous l’avons bâtie, c’est notre vie ! Et aujourd’hui, notre vie est dans une valise ! Nous vivons un déchirement continu, un dilemme permanent entre l’urgence de tout quitter et la peur de tout laisser derrière nous…. Entre la peur de tout perdre et l’espérance que le Seigneur nous donne… Entre le “jugement” de l’autre qui a provoqué cette guerre que nous n’avons pas choisie, et la miséricorde que nous devons avoir envers l’autre différent de nous…
Je suis enseignante et les écoles privées ont repris les cours. Le travail est une parenthèse dans la guerre, le lieu où tout se fige pour une matinée. Parfois, les enseignants arrivent fatigués, n’ayant pas fermé l’œil de la nuit à cause des bombardements. On se regarde, on se comprend et on continue… D’où vient cette force ? Est-ce vraiment une force ? Devons-nous vivre de la sorte ? Est-ce normal ? Est-ce juste ? Jihad est avocat à la cour, les tribunaux sont fermés. Les dossiers s’entassent. Achever une affaire, un dossier, est impossible… Est-ce normal ? Est-ce juste ? »

L’engagement de la Communauté pour les réfugiés

Malgré la situation tragique et douloureuse que nous traversons, nous poursuivons notre engagement dans la mesure du possible. Ainsi, le service Esperanza de la Communauté soutient certains centres qui accueillent des déplacés. Nous apportons des vêtements que nous recevons, de la nourriture, des produits d’hygiène ou de première nécessité. Nous sommes actuellement en lien avec la Croix-Rouge, avec les Frères capucins qui accueillent des familles dans deux centres. Nous allons certainement aider par la suite 35 familles chrétiennes accueillies par le patriarcat grec-catholique, soit 110 personnes dont 40 enfants, qui n’ont plus rien…

La fraternité comme ressource

Nous poursuivons, en outre, les rencontres fraternelles hebdomadaires, moments précieux de partage revivifiant qui renforcent notre fraternité. Les groupes de prière sont maintenus chaque mardi. Par la prière, à travers les frères et par le Christ qui nous unit, nous goûtons à la véritable paix du Seigneur. Nous savons que même au sein de l’obscurité, brille l’étoile de l’Espérance parce que le Christ agit au cœur de l’impossible.

« Même quand je marche dans une vallée d’ombre mortelle, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi : ta houlette et ton bâton me rassurent. » Psaume 23.

Par Paula Costa, soeur consacrée de la Communauté

En janvier dernier a eu lieu notre festival des 14-18 ans, le Summer Camp 2026.

Près d’une centaine de jeunes, venus de Divinópolis et de Belo Horizonte, se sont rassemblés pour vivre cinq jours de vacances avec Dieu, avec les autres et avec eux-mêmes. Au programme : enseignements, louange, partage, réconciliation, grands jeux, fraternité et beaucoup de joie.

Le thème de cette année était celui de la sainteté. À la lumière de la béatification de Carlo Acutis, nous avons voulu montrer aux jeunes que la sainteté est possible aujourd’hui. À travers la vie de Carlo Acutis, Guido Schäffer, Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, Chiara Luce Badano et Giorgio Frassati, ils ont découvert qu’une jeunesse donnée à Dieu est une aventure concrète et joyeuse.

Ce Summer Camp a été marqué par une forte dimension œcuménique. Pour la deuxième fois, nous avons accueilli six missionnaires de la Bethel Church. Dans un pays aussi polarisé que le Brésil, cette expérience d’unité a été une véritable grâce. Nous avons prié, adoré, joué, mangé et partagé ensemble, vivant concrètement cet appel cher à notre communauté : « Faisons ensemble tout ce que nous pouvons faire ensemble. »

Dans le même mouvement, nous avons pu inculturer davantage notre manière de vivre la foi au Brésil, où de nombreux jeunes aspirent aussi à une spiritualité plus traditionnelle et mariale. Ainsi, tout en vivant de beaux moments œcuméniques, nous avons proposé la prière du chapelet vécue tous ensemble, y compris avec nos frères et sœurs de la Bethel Church.
Une fois de plus, il est apparu clairement que Marie n’est pas la cause de nos divisions, mais bien souvent leur victime : elle est la Mère qui souffre de voir ses enfants séparés.

Ce Summer Camp restera comme un temps fort d’unité, de foi et de joie pour toute la communauté.