À la demande de l’évêque d’Alger, en accord avec l’Ordre des moines Cisterciens, la communauté du Chemin Neuf vit, prie et travaille au monastère de Tibhirine depuis le 15 août 2016. Le père Eugène, responsable de la communauté sur place, nous partage leur mission du quotidien et la richesse des rencontres avec les visiteurs et leurs voisins du village.

Le frère Eugène avait demandé, en arrivant en Algérie, à l’ancien évêque d’Alger, Monseigneur Teissier, ce qu’il attendait de la communauté du Chemin Neuf au monastère. « Transmettre le message des moines », lui avait-il répondu.
À Tibhirine, les frères et sœurs poursuivent ensemble une vie de prière quotidienne, l’accueil des nombreux visiteurs, le travail du verger et du potager, ainsi que l’entretien des bâtiments.
À ce jour, deux frères et trois sœurs vivent au monastère.



« Transmettre le message des moines »
Monseigneur Teissier
Aujourd’hui, l’accueil des visiteurs rythme leur vie. Il y a des visiteurs étrangers, et des visiteurs Algériens. La grande majorité sont algériens musulmans. « Ce qui me frappe en discutant avec eux sur leur venue, c’est qu’ils étaient très touchés quand ils ont appris la mort des moines, assassinés en 1996 en Algérie », partage Eugène Lehembre.
Parfois, quand au cours de la visite, ils entendent raconter l’histoire des moines « certains ont les larmes aux yeux » explique Eugène avec émotion. « Une fois, un visiteur m’a partagé qu’il était adolescent quand il avait appris leur mort et il voulait venir voir ce lieu.

Il n’est venu que 30 ans après. Il nous a demandé pardon pour ce qu’on avait fait aux moines. Pourtant lui n’était pas du tout responsable mais solidaire avec les Algériens, il nous a demandé pardon pour leur assassinat. Voilà la dimension qu’on peut vivre entre chrétiens et musulmans, entre Algériens et Français à Tibhirine », poursuit-il.
La fraternité au cœur de la rencontre
La relation avec les voisins du monastère est différente de celle tissée avec les moines cisterciens. L’époque a changé. Le monastère est très pris par les visites mais une proximité perdure avec quelques familles des environs. « Quand on est avec eux, on se sent en paix et en communion » explique le responsable du monastère.
Par exemple, Mohamed est un musulman pratiquant, profondément croyant, ainsi que sa femme et ses enfants.

Pour le père Eugène, « la foi ne nous éloigne pas, elle nous rapproche plutôt. On est content de se retrouver entre croyants. Il y a cette amitié qui est donnée. »
Ces deux hommes ne passent pas leur temps à discuter de leurs différences, mais plutôt à vivre dans l’amitié et la joie de chaque jour.
« Il nous a demandé pardon pour ce qu’on avait fait aux moines. »
un visiteur algérien
Une sœur du monastère disait que quand elle rencontre un algérien, elle ne voit pas d’abord le musulman mais l’homme, l’Algérien. Mettre instantanément une étiquette sur la personne éloignée de la fraternité.
Selon eux, mettre instantanément une étiquette sur la personne éloigne de la fraternité.
« Nous n’avons pas qu’une relation entre chrétiens et musulmans, mais entre frères et sœurs. Déjà là, il y a un beau terrain d’amitié qui peut se vivre » explique Eugène Lehembre. Il ajoute que « c’est essentiel pour démarrer la relation. Les Algériens sont en attente de relations amicales et fraternelles. »
Depuis dix années, la communauté du Chemin Neuf s’exerce à « voir en tout Homme qui vient, le frère ». Telle est la mission qui lui est confiée sur cette terre musulmane.






Les frères et sœurs de Hongrie ont organisé un week-end sur l’œcuménisme pour se former ensemble. L’occasion de se retrouver, de vivre la fraternité et d’avancer sur le chemin de l’unité.
Par Blandine Fejérdy, membre de la Communauté
Interpellés notamment par le témoignage de nombreux couples mixtes ayant vécu la session Cana, qui nous partageaient leur joie d’avoir enfin trouvé une terre pour vivre leur appel si particulier, nous avons senti qu’il était important de nous former davantage à la question de l’œcuménisme.
Nous avons donc été entre 50 et 60 à nous réunir, pour l’essentiel membres de la Communauté et de la Communion, les 28 février et 1ᵉʳ mars pour nous former ensemble et continuer d’avancer sur ce chemin d’unité.


Notre frère Miguel Desjardin, délégué national pour l’unité des chrétiens de la Conférence des évêques de France, est venu nous rejoindre. Il nous a parlé à la fois des grandes divisions entre les églises chrétiennes et de leurs causes, mais aussi et surtout de leur engagement dans la voie de l’œcuménisme.
Samedi après-midi, nous avons eu la joie d’accueillir le père bénédictin Titusz Hardi et le pasteur luthérien Károly Hafenscher, qui ont rejoint Miguel pour participer à une table ronde.
Ils nous partagèrent, dans un esprit très fraternel, leur engagement personnel pour l’œcuménisme, leurs joies, leurs souffrances et leurs espoirs sur ce chemin. Cela a été l’occasion pour beaucoup de découvrir avec joie que l’œcuménisme n’était pas réservé à la Communauté du Chemin Neuf !

Nous avons terminé notre journée du samedi par un office pour l’unité, clôturé par une double bénédiction de la part de nos deux invités.
Autre moment important du week-end, Miguel nous a aidés à réfléchir ensemble, à la lumière des « points de repère œcuméniques », aux réflexes que nous pouvions mettre en place dans l’organisation de sessions ou de week-ends pour accueillir au mieux nos frères d’autres églises.
Nous rendons grâce pour ce week-end, moment de formation et de communion entre nous, mais aussi vrai temps d’église pour la Hongrie !



Le père Eugène Lehembre, membre de la Communauté du Chemin Neuf habitant au monastère de Tibhirine, nous raconte l’histoire de la croix des moines martyrs.

La croix icône qui est dans la chapelle de Tibhirine avait été écrite par une ermite d’Ardèche, Sr Françoise, avec des indications données par Christian de Chergé.
Après la mort des moines, la croix a été transférée à l’abbaye d’Aiguebelle où elle est actuellement.
En 2016, elle a été remplacée à Tibhirine par une croix de la même taille avec un collage d’une photocopie papier de l’originale.
En 2025 nous est venue l’idée à Tibhirine de la remplacer par une véritable croix icône en demandant à une sœur de la Communauté du Chemin Neuf, Corinne Pesquet, qui écrit des icônes, de faire une copie proche de l’originale.
Corinne a accepté et est allée passer un weekend à l’abbaye d’Aiguebelle pour voir l’icône et la prendre en photo. Ensuite elle l’a réalisé dans son atelier de la maison de Montagnieu en Isère.
Cette croix fait environ 130 cm sur 90 cm.

Le financement a été pris en charge par un frère qui avait déjà assuré celui de la rénovation de la statue de Marie, située sur la colline au-dessus du monastère.
Ensuite, on a organisé le transport jusqu’à Tibhirine. C’est Ania, une sœur de la Communauté qui s’en est chargée, elle-même revenant de Lyon vers Alger.
La croix était dans une caisse et elle l’a prise avec elle en bagage accompagné, hors gabarit. Le voyage a été un peu épique et Ania a eu quelques sueurs, mais tout s’est bien passé. Les douaniers à l’aéroport d’Alger ont été bienveillants, encouragés par une lettre de recommandation de notre cardinal évêque Jean-Paul Vesco.
La croix est maintenant à Tibhirine. Elle attend d’être bénite par notre évêque. Elle sera sans doute installée en mai, à l’occasion du pèlerinage diocésain, où on fêtera le trentième anniversaire du départ des moines.

Sur la croix, Jésus est représenté vivant, glorieux : au-dessus de lui l’inscription en arabe ; « Il est vraiment ressuscité ». Comme une parole que nous laissent les moines : ne vous arrêtez pas à la souffrance, regardez plus haut.
Du 9 au 13 mars, 24 frères et sœurs consacrés se sont retrouvés à Kismaros, en Hongrie, pour la rencontre des célibataires d’Europe centrale. Entre découverte de Budapest, plongée dans l’histoire du pays et visites de lieux marquants — comme les Archives nationales luthériennes, la Grande Synagogue ou encore le Musée national —, cette rencontre a aussi été rythmée par de beaux temps fraternels, des temps communautaires et le partage de repas traditionnels hongrois.
Reportage photos







Le groupe Méditerranée s’est retrouvé à Rome pour prier, travailler et avancer ensemble. De cette rencontre est né un parcours de Carême inspiré des moines de Tibhirine, comme une invitation à la paix, au dialogue et à une disponibilité renouvelée à l’Esprit — au moment où Carême et Ramadan se répondent et interpellent nos manières de croire, de vivre et de regarder l’autre.
Par Maher El Hage, prêtre, responsable de la Communauté du Chemin Neuf au Liban
Rencontres et disponibilité. Ce sont les deux mots qui résument notre rencontre du groupe Méditerranée. Pour la deuxième année consécutive, nous nous sommes retrouvés pour prier, réfléchir et avancer ensemble sur ce chemin qui a débuté il y a à peu près 4 ans. Cette rencontre (la deuxième en présentiel après le Caire) s’est déroulée du 15 au 18 février à Rome dans la maison de la communauté, rue Poliziano.

Le but principal de cette rencontre était de créer un parcours pendant le carême qui nous rapproche de la spiritualité des 7 moines de Tibhirine. Pourquoi cette idée et cette initiative ? L’année 2026 marque le 30ᵉ anniversaire de leur décès, ainsi que 10 ans de la présence de la communauté du Chemin Neuf dans ce beau lieu. Est-ce un hasard que la communauté soit appelée à vivre, à prier et à travailler dans ce lieu-là ? Sûrement le Seigneur, par notre présence au monastère de Notre-Dame de l’Atlas à Tibhirine, veut adresser un message à notre communauté. Encouragés par le conseil, nous nous sommes lancés dans la préparation de ce parcours, pour travailler sur le message des moines de Tibhirine et le transmettre davantage.
« Parfois nous envisageons et nous préparons les choses mais le Seigneur passe d’une autre manière, par d’autres chemins pour nous conduire vers le but. »
Maher El Hage
Mais le Seigneur ne fait pas les choses à moitié. Cette année aussi (dans de nombreux pays), Ramadan a débuté le même jour que le mercredi des Cendres dans l’Église catholique romaine. Les moines ont vécu toute leur vie dans le monastère en lien avec les voisins musulmans qui sont différents dans leur manière de penser, de vivre, de réfléchir… Il y avait une amitié profonde basée sur le respect mutuel. Cette relation entre les voisins et les moines peut-elle nous interpeller aujourd’hui ? Les textes des moines de Tibhirine, et des autres bienheureux martyrs d’Algérie sont très riches, et nous ont nourris fortement.

Nous avons choisi de partager à travers quatre chaines WhatsApp (français, anglais, arabe et italien) un texte et une intercession chaque jour, parfois un lien pour aller plus loin. Quelques fois, nous avons inséré une vidéo historique, un témoignage, ou encore des images ou des œuvres d’art qui nous parlent, en lien avec les moines et Tibhirine.
Notre temps de travail à Rome était habité par des rencontres. En premier lieu les rencontres entre nous, les membres du groupe, habitant dans 5 pays différents (France, Liban, Terre Sainte, Algérie et Côte d’Ivoire) : chacun une réalité différente, une culture différente et une mission différente.
Mais aussi la rencontre avec cette belle ville de Rome : culture, tradition, nos frères et sœurs en mission sur place, et l’Église avec une rencontre au dicastère du dialogue interreligieux…

La troisième rencontre, c’est celle avec ces moines, avec leurs écrits, avec leurs messages transmis, avec leurs vies données. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15, 13).
Nous avons été invités ces quelques jours à avoir une grande disponibilité à l’Esprit Saint. Parfois nous envisageons et nous préparons les choses mais le Seigneur passe d’une autre manière, par d’autres chemins pour nous conduire vers le but. L’Esprit Saint avait prévu une rencontre différemment de la façon dont on l’envisageait : celle avec le sous-secrétaire du dicastère du dialogue inter-religieux. La rencontre avec lui et ses collègues était très fraternelle, simplement pour se connaitre. Ils étaient surpris de la richesse de nos parcours à chacun, du fait qu’il y ait beaucoup de femmes parmi nous (ils ont moins l’habitude d’en voir dans le dialogue interreligieux), très intéressés aussi par la présence de notre communauté à Tibhirine. Une heure et demie de partage, de discussion et d’encouragement dans ce que nous faisons en général, mais aussi une invitation à diffuser largement ce message des moines de Tibhirine.
Nous avons clôturé ce temps de travail par une messe à Saint-Pierre. Nous avons confié notre communauté, nos pays, notre groupe et ce parcours en demandant surtout la disponibilité à l’Esprit Saint pour faire sa volonté.

De droite à gauche (Thomas, Marie-Laure, Marie-Farouza, Gisèle, Maher et Clémence)
C’est le début du chemin : les moines et tous les martyrs d’Algérie peuvent nous enseigner la fraternité, la prière, la rencontre avec l’autre, le désarmement… Ouvrons nos oreilles, nos yeux, notre cœur pour laisser l’Esprit Saint travailler en nous et à travers nous.
Les retours du parcours Carême / Ramadan 2026
« Ce parcours Carême/Ramadan m’a profondément accompagnée durant cette période de guerre au Liban. Il m’a aidée à poser un regard plus miséricordieux sur les musulmans en laissant peu à peu tomber la colère que je portais en moi. À travers le témoignage des moines de Tibhirine, leur simplicité, leurs prières et leur amour concret du prochain, j’ai appris à regarder au-delà de la peur et des jugements du moment. Ce chemin m’invite aujourd’hui à voir en l’autre, différent de moi, un frère créé à l’image de Dieu, et à choisir la paix, l’espérance et la rencontre. Une invitation à bâtir des ponts, même au cœur de la guerre. » Manal

« Quand je rencontre un musulman, le premier réflexe est de lui parler du christianisme et de ne pas entrer dans sa religion musulmane. Cela est dû peut-être à la peur et à l’orgueil qui habitent mon cœur. Mais à travers ce parcours j’ai appris que Dieu est Un et nous unit malgré nos différences. Ce qui m’a touché le plus, ce sont les témoignages des uns et des autres : chrétiens et musulmans. Les prières d’intercession me touchaient au plus profond de mon cœur, me libéraient de mes stress surtout pendant la guerre. Je prie maintenant pour la paix des cœurs. » Bernadette
« Grâce à ce parcours, j’ai découvert un véritable trésor au sein de notre Église ! Je ne savais pratiquement rien des Frères de Tibhirine, mais après avoir vu le film Des Hommes Et Des Dieux (qui était recommandé au début du parcours), j’ai immédiatement ressenti une grande proximité avec eux et j’ai été frappée par leur foi et leur amour ! J’apprécie beaucoup tous les passages et les lettres écrits par les Frères. Ils sont une leçon d’humilité, d’hospitalité et surtout de fidélité à leur vocation. » Dona
La récente reprise de la guerre au Proche-Orient ravivent la peur et les traumatismes.
La Communauté du Chemin Neuf, implantée au Liban et en Israël, n’est pas épargnée. Un frère en Israël et une sœur au Liban nous partagent des nouvelles, leurs inquiétudes et leurs lieux d’espérance. Pour retrouver les nouvelles du Liban cliquez ici.
Ci-contre : capture d’écran d’une frat’ fortifiante entre des frères et sœurs des deux pays Terre-Sainte/Liban

Mars 2026 – Par le père Damien Artiges, Responsable de la communauté du Chemin Neuf en Israël
Chers frères et sœurs,
Merci pour vos prières et messages de soutien ! Voici rapidement quelques nouvelles de notre situation en Terre Sainte. Dans la maison de l’Ecce Homo à Jérusalem, tout le monde va bien : quatre hôtes encore présents pour études ou travail, les sœurs de Notre-Dame de Sion, et nous-mêmes.
Les alertes sont encore fréquentes, au moins une ou deux par jour, et souvent la nuit. Chaque fois, nous descendons à l’abri au sous-sol, qui est le lieu archéologique du « Lithostrotos », c’est-à-dire le dallage, selon la tradition le lieu où Pilate a présenté Jésus à la foule (Jean 19,13).


Chaque fois on entend les détonations de missiles interceptés, et ces derniers jours, des débris plus ou moins gros de ces missiles sont tombés sur la vieille ville. Jusqu’à présent, les rassemblements de plus de 50 personnes sont interdits, et les grands lieux de prière sont donc fermés : église du Saint-Sépulcre, esplanade des mosquées, mur occidental.
Quand le conflit a éclaté fin février, il y avait une quinzaine d’hôtes dans la maison, et nous avons formé un bon groupe, international et très œcuménique : un petit groupe évangélique des USA, une femme évêque luthérienne de Norvège avec son mari, quelques allemands dont un pasteur, une femme grecque-orthodoxe de Chypre.

Avec eux et les sœurs de ND de Sion, nous avons vécu ensemble un temps de louange évangélique, la messe du dimanche au sous-sol, la bénédiction commune avec les autres ministres, une sainte Cène luthérienne.
Un vrai moment de grâce et de diversité réconciliée au cœur de l’épreuve, en ce lieu marqué par la Passion du Christ.
Dans les jours suivants, tous ces pèlerins ont heureusement pu trouver un moyen de rentrer chez eux.



Du côté de Tantur, Marie Farouza et la petite équipe de l’institut œcuménique accompagnaient un programme de formation avec quatre participants, le premier depuis le début de la guerre (octobre 2023). Tous ont choisi de rester jusqu’à la fin prévue du programme le week-end des 14-15 mars.

Ils ont donc vécu quinze jours de prière, de partage, mais aussi de rencontres. Si, pour obéir aux régulations, ils ne sont pas sortis du Campus, les intervenants sont venus sur place : ainsi, le gardien des clés du Saint Sépulcre, d’une famille en charge de cette fonction depuis 28 générations.
Juste avant l’attaque israélo-américaine, le groupe était en Galilée. Sur le lac de Tibériade, un double arc-en-ciel s’est levé l’avant-veille du début de la guerre, et ce fut comme un appel à veiller et à croire dans l’incertitude qui est devant nous. À veiller avec les habitants de ce pays et des pays voisins, à croire que le mal n’aura pas le dernier mot, qu’une paix juste peut advenir.

Pour la Semaine Sainte et le temps de Pâques, nous attendions beaucoup de pèlerins à l’Ecce Homo, ce qui était très encourageant pour la vie de la maison, les communautés et le personnel. À mesure que le temps passe, les séjours sont annulés et il faut se résigner à une maison presque vide. Aux tensions de la guerre s’ajoute donc l’inquiétude face à l’avenir sur le plan économique, en particulier pour garder le personnel et continuer à leur donner les moyens de faire vivre leurs familles. Quelques religieux locaux nous rejoindront autour du triduum pascal et, comme chaque année, nous préparons et espérons vivre malgré tout les célébrations pascales avec les Pères Blancs et les Assomptionnistes.
Nous pensons à ceux qui sont plus menacés et qui souffrent de la guerre plus que nous, en particulier en Iran et au Liban ; nous continuons à compter sur la Providence, sur vos prières, pour la paix ici et dans tout le Moyen-Orient.
Bien en communion,
Damien
La récente reprise de la guerre au Proche-Orient ravivent la peur et les traumatismes.
La Communauté du Chemin Neuf, implantée au Liban et en Israël, n’est pas épargnée. Un frère en Israël et une sœur au Liban nous partagent des nouvelles, leurs inquiétudes et leurs lieux d’espérance. Pour retrouver les nouvelles d’Israël cliquez ici.
Ci-contre : capture d’écran d’une frat’ fortifiante entre des frères et sœurs des deux pays Terre-Sainte/Liban

Par Nathalie Moussa, membre de la Communauté au Liban
Deux semaines se sont écoulées depuis le début de la crise et la situation demeure tendue. De nombreux déplacés se sont installés un peu partout, certains dans des écoles publiques, d’autres sous des tentes assez précaires au milieu des places publiques, malmenés par les intempéries. Face aux menaces de l’armée israélienne et au Hezbollah, qui ne compte pas baisser les bras, la situation demeure inquiétante. D’ailleurs, les attaques n’ont pas pour autant cessé. Certains éprouvent une sourde colère monter en eux… Colère face à l’entêtement… Colère, frustration et fatigue face à cette souffrance et à cette situation sisyphéenne qui handicape le pays. Les avis sont partagés entre la compassion, la pitié devant la misère des déplacés, la colère de ceux qui ne peuvent plus accepter la tyrannie d’un parti politique, ou encore l’indifférence de ceux qui ne veulent pas s’enliser émotionnellement dans ce conflit et préfèrent poursuivre leur rythme de vie, dans la mesure du possible.
À cela s’ajoutent les bruits terribles et constants des avions militaires et des bombardements. Malgré cela, les frères ont décidé de tenir bon, de rester chez eux, de ne pas abandonner leurs terres. Mais la situation n’en demeure pas moins éprouvante et dangereuse. Leur véritable arme de combat est la prière. Ils se réunissent souvent pour prier ensemble et suivre le chemin de Pâques.

Le témoignage de Rita, responsable des 14-18 :
« Vivre au Liban est une fierté pour moi. Je suis à l’abri des bombardements directs, mais la situation actuelle me fatigue et me met en colère. Parfois, j’en ai simplement marre et mon seul rêve est la paix. En tant que responsable de la mission 14.18, j’ai été triste de devoir annuler notre week-end à la dernière minute. Malgré la fatigue, ma foi reste ma force. Je suis certaine que le Seigneur veille sur nous. Mon espérance et ma paix intérieure n’ont pas de prix, et ce qui me fait tenir, c’est de rester fidèle à ma mission et à mon appel. »
Le témoignage de Jihad et Claudine
« Nous sommes Jihad et Claudine engagés dans la communauté, nous vivons à proximité de la banlieue sud de Beyrouth actuellement bombardée. Dès les premiers jours de guerre, nous avons quitté notre maison et nous sommes actuellement accueillis par des frères de la communauté dans une région plus sécurisée.
Ce n’est pas facile de quitter son chez-soi ! … Bien que nous soyons favorisés par rapport à bien d’autres concitoyens qui n’ont rien pu emporter avec eux. Mais cette maison, c’est notre foyer, nous l’avons bâtie, c’est notre vie ! Et aujourd’hui, notre vie est dans une valise ! Nous vivons un déchirement continu, un dilemme permanent entre l’urgence de tout quitter et la peur de tout laisser derrière nous…. Entre la peur de tout perdre et l’espérance que le Seigneur nous donne… Entre le “jugement” de l’autre qui a provoqué cette guerre que nous n’avons pas choisie, et la miséricorde que nous devons avoir envers l’autre différent de nous…
Je suis enseignante et les écoles privées ont repris les cours. Le travail est une parenthèse dans la guerre, le lieu où tout se fige pour une matinée. Parfois, les enseignants arrivent fatigués, n’ayant pas fermé l’œil de la nuit à cause des bombardements. On se regarde, on se comprend et on continue… D’où vient cette force ? Est-ce vraiment une force ? Devons-nous vivre de la sorte ? Est-ce normal ? Est-ce juste ? Jihad est avocat à la cour, les tribunaux sont fermés. Les dossiers s’entassent. Achever une affaire, un dossier, est impossible… Est-ce normal ? Est-ce juste ? »
L’engagement de la Communauté pour les réfugiés
Malgré la situation tragique et douloureuse que nous traversons, nous poursuivons notre engagement dans la mesure du possible. Ainsi, le service Esperanza de la Communauté soutient certains centres qui accueillent des déplacés. Nous apportons des vêtements que nous recevons, de la nourriture, des produits d’hygiène ou de première nécessité. Nous sommes actuellement en lien avec la Croix-Rouge, avec les Frères capucins qui accueillent des familles dans deux centres. Nous allons certainement aider par la suite 35 familles chrétiennes accueillies par le patriarcat grec-catholique, soit 110 personnes dont 40 enfants, qui n’ont plus rien…
La fraternité comme ressource
Nous poursuivons, en outre, les rencontres fraternelles hebdomadaires, moments précieux de partage revivifiant qui renforcent notre fraternité. Les groupes de prière sont maintenus chaque mardi. Par la prière, à travers les frères et par le Christ qui nous unit, nous goûtons à la véritable paix du Seigneur. Nous savons que même au sein de l’obscurité, brille l’étoile de l’Espérance parce que le Christ agit au cœur de l’impossible.
« Même quand je marche dans une vallée d’ombre mortelle, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi : ta houlette et ton bâton me rassurent. » Psaume 23.
Par Paula Costa, soeur consacrée de la Communauté
En janvier dernier a eu lieu notre festival des 14-18 ans, le Summer Camp 2026.
Près d’une centaine de jeunes, venus de Divinópolis et de Belo Horizonte, se sont rassemblés pour vivre cinq jours de vacances avec Dieu, avec les autres et avec eux-mêmes. Au programme : enseignements, louange, partage, réconciliation, grands jeux, fraternité et beaucoup de joie.
Le thème de cette année était celui de la sainteté. À la lumière de la béatification de Carlo Acutis, nous avons voulu montrer aux jeunes que la sainteté est possible aujourd’hui. À travers la vie de Carlo Acutis, Guido Schäffer, Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, Chiara Luce Badano et Giorgio Frassati, ils ont découvert qu’une jeunesse donnée à Dieu est une aventure concrète et joyeuse.
Ce Summer Camp a été marqué par une forte dimension œcuménique. Pour la deuxième fois, nous avons accueilli six missionnaires de la Bethel Church. Dans un pays aussi polarisé que le Brésil, cette expérience d’unité a été une véritable grâce. Nous avons prié, adoré, joué, mangé et partagé ensemble, vivant concrètement cet appel cher à notre communauté : « Faisons ensemble tout ce que nous pouvons faire ensemble. »
Dans le même mouvement, nous avons pu inculturer davantage notre manière de vivre la foi au Brésil, où de nombreux jeunes aspirent aussi à une spiritualité plus traditionnelle et mariale. Ainsi, tout en vivant de beaux moments œcuméniques, nous avons proposé la prière du chapelet vécue tous ensemble, y compris avec nos frères et sœurs de la Bethel Church.
Une fois de plus, il est apparu clairement que Marie n’est pas la cause de nos divisions, mais bien souvent leur victime : elle est la Mère qui souffre de voir ses enfants séparés.
Ce Summer Camp restera comme un temps fort d’unité, de foi et de joie pour toute la communauté.




À Avranches, la maison Béthanie de retraite du Village du Mont Carmel héberge les religieuses âgées de plusieurs congrégations. Depuis que la communauté vieillissante des sœurs de Notre-Dame du Mont Carmel a confié, il y a dix ans, son lieu de vie à la Communauté du Chemin Neuf, cette dernière l’accompagne dans la perte d’autonomie de ses sœurs, pour leur permettre de continuer leur vie religieuse jusqu’au bout.
Depuis plusieurs années, l’établissement accueille plusieurs congrégations religieuses en perte d’autonomie. Les religieuses sont accompagnées par le personnel soignant et par des membres de la Communauté du Chemin Neuf pour rejoindre la crypte, où se déroule les célébrations liturgiques de la journée, située au rez-de-rue.
Les plus autonomes prennent les escaliers, les autres l’ascenseur.
La prière reste le fil conducteur d’une vie consacrée, même lorsque le corps impose ses limites. Marc Hodara, responsable du Village du Carmel et membre de la communauté du Chemin Neuf, explique qu’un système sonore permet de retransmettre les offices dans les chambres. « Les sœurs qui ne peuvent plus se déplacer pour certains offices restent ainsi associées à ce temps de communion fraternelle », précise-t-il.
L’animation de la liturgie est portée par les membres du Chemin Neuf, aidés par les autres congrégations.
Ici, l’accompagnement repose sur un principe simple : ne jamais faire à la place sans nécessité. « Quand une sœur prend l’ascenseur, on lui demande toujours à quel étage elle souhaite aller », explique Marc Hodara. « C’est souvent à ce moment-là que l’on perçoit une éventuelle désorientation. » L’objectif n’est pas la performance, mais la continuité. « La perte d’autonomie n’est pas instantanée. Ce qui n’est plus possible aujourd’hui peut parfois revenir demain », observe-t-il.






Des gestes simples
Autour de tables de quatre, les religieuses, les prêtres et des laïcs s’installent pour le déjeuner. Certaines peinent à attraper leur serviette rangée dans une pochette. Marc raconte avoir revu sa manière d’intervenir : « Il faut leur laisser faire. Et n’aider que si l’on voit que cela devient impossible. »
Sœur Marie-Catherine, supérieure de la congrégation Notre-Dame du Mont Carmel, partage cette vigilance : « Il ne faut jamais anticiper ce que les personnes ne peuvent plus faire. Il faut continuer de les accompagner pour qu’elles fassent un maximum par elles-mêmes. »
« Encourager et valoriser »
La perte de mémoire demeure l’épreuve la plus difficile à accepter. Sr Marie-Catherine le constate au quotidien : « Lorsqu’une consœur prend conscience qu’elle perd la mémoire, c’est très douloureux. » Un accompagnement psychologique et une écoute attentive sont alors proposés. « Il ne faut pas souligner les oublis, mais encourager et valoriser », insiste-t-elle.
Pour maintenir le sentiment d’utilité, certains se voient confier de petites missions. L’une d’elles est chargée de disposer le sucre sur les tables lors du café. « Ce geste peut sembler anodin, » souligne sœur Marie-Catherine, « mais il est essentiel pour elle. C’est son service. Il lui rappelle qu’elle est encore capable de servir et d’avoir une responsabilité. »
Au Village du Mont Carmel, la vieillesse n’efface ni la vocation ni le désir de servir. À travers des gestes modestes, des prières partagées ou un accompagnement respectueux de la dignité des personnes, la communauté du Chemin Neuf marche à côté des congrégations vieillissantes et des laïcs afin de les aider à maintenir ce qui fait le cœur de la vie.
Interview de Marc Hodara sur KTO TV: https://www.facebook.com/reel/1957687251793938
Plus d’informations et contacts : https://avranches.chemin-neuf.fr/
Mathilde Montovert et Vincent Breynaert, religieux engagés dans la communauté du Chemin Neuf et en mission sur la paroisse de Vincennes, ont accueilli une délégation de jeunes Ukrainiens pour les rencontres européennes de Taizé. Ils nous partagent ce qu’ils ont vécu.
Les rencontres européennes de Taizé, qui se tiennent tous les ans dans une capitale européenne pendant la semaine du nouvel an, avaient lieu cette année à Paris. 15 000 jeunes y ont été accueillis, venant de nombreux pays. La présence toute particulière de 1000 Ukrainiens a marqué l’évènement. La paroisse de Vincennes a accueilli six jeunes mineurs ukrainiens sur le presbytère et une cinquantaine d’autres ont été pris en charge sur le doyenné.

La semaine a été rythmée par des offices portés par les frères de Taizé dans différents lieux à Paris, deux grandes veillées au stade de Bercy et une soirée dite « des nations » pour le nouvel an. « Nous avons vécu une magnifique semaine portée par la prière et la fraternité. Cela a été pour nous une intense collaboration entre nos deux communautés, dans un esprit de prière œcuménique avec nos différentes églises et de prière pour la paix entre les nations » explique Mathilde Montovert.



Vincent Breynaert est le curé de la paroisse de Vincennes. Pour lui, deux moments marquants ont été vécus avec ces jeunes invités. Lors de la messe du 1ᵉʳ janvier 2026, au moment de la bénédiction d’Aaron (Livre des Nombres au chapitre 6, versets 24-26), les Ukrainiens se sont mis d’un côté de l’église et les paroissiens de l’autre. « Nous nous sommes bénis mutuellement. Les membres de la paroisse ont béni les Ukrainiens et inversement. C’était très beau » raconte le Père Vincent.




Après la messe, les fidèles étaient conviés à un repas partagé, préparé par les paroissiens. Une habituée de l’église a offert à chaque Ukrainien une boîte de chocolat. « Quand j’ai vu le chocolatier parisien, je me suis dit qu’elle a cassé sa tirelire pour offrir ce présent », s’étonne le curé. « Cette paroissienne est russe mais elle ne souhaitait pas dévoiler son identité. Elle voulait offrir ce cadeau discrètement pour les jeunes d’Ukraine » partage Vincent Breynaert.

Marie, jeune diplômée, a participé à l’édition 2025-2026 des rencontres européennes de Taizé. Elle nous partage comment ce rassemblement l’a rejoint.
Que cherchez-vous ? (Jn 1, 38)
La force de cette interpellation a donné le ton à cette 48ᵉ édition des rencontres européennes de jeunes organisée par la communauté de Taizé. Cette expérience de fraternité se déroulait cette année à Paris et sa périphérie. J’ai donc décidé d’y participer et ai vécu les derniers jours de décembre et le passage à 2026 avec 15 000 jeunes venus du monde entier (Europe principalement).
C’était une première pour moi ! 2 mois après, ce qui reste dans mon cœur a une saveur d’unité. Je pense précisément à la prière du soir du 31 décembre. Nous étions rassemblés à l’Accor Arena de Bercy. Imaginez des milliers de personnes qui ne se connaissent pas. Ils sont de pays, de langues, de confessions différentes et chantent d’une seule voix en arabe « Abana fy yadayka » (« Père entre tes mains je remets mon esprit »). La musique étant le moyen privilégié par lequel je rencontre Dieu, j’ai donc été très portée par ce moment. J’ai pensé : « quel témoignage de paix et d’unité nous donnons au monde ! »
Vivre cette expérience était aussi pour moi une histoire de rencontres. La beauté des rencontres simples m’a touché. Avec les autres et avec l’Autre. Bref, vous pouvez comprendre que je suis très attachée et fascinée par les liens qui unissent les personnes entre elles ; encore plus à celui qui me relie à la Source.
Aidée par la liturgie de Taizé, j’ai pu descendre en moi pour Le retrouver et l’entendre me dire « Qui cherches-tu ? ». Je vous souhaite d’entendre cette interpellation.





